Ces dernières années, la congélation des ovocytes — ou cryoconservation des ovocytes — est devenue l’un des outils les plus efficaces de la médecine reproductive pour préserver la fertilité féminine. Une possibilité concrète pour de nombreuses femmes qui souhaitent planifier leur maternité en toute conscience, en évitant d’avoir recours à des traitements complexes et coûteux lorsque le problème d’infertilité s’est déjà manifesté. Nous en avons parlé avec le Dr Raffaele Ferraro, gynécologue au Genesis Day Surgery & Scientific Research Scarl, centre de référence dans la procréation médicalement assistée (PMA).

Docteur Ferraro, qu’est-ce que le social freezing exactement ?
Il s’agit d’une procédure qui permet de préserver les ovocytes en les congelant à des températures extrêmement basses. Les ovocytes sont prélevés après une courte stimulation hormonale, puis vitrifiés, c’est-à-dire congelés de manière ultrarapide, afin de pouvoir être parfaitement conservés dans le temps.
Lorsque la femme décide d’avoir un enfant, ils pourront être utilisés pour une fécondation assistée avec les mêmes chances de succès que des ovocytes « frais ». La congélation des ovocytes offre donc aux femmes la possibilité de protéger dès aujourd’hui leur futur de mères : celles qui ne peuvent pas envisager une grossesse aujourd’hui, pour des raisons personnelles ou de vie, pourront l’aborder demain avec conscience et sérénité, lorsque le moment sera venu.
À qui la recommandez-vous ?
À l’origine, elle était réservée aux femmes qui devaient suivre des traitements médicaux ou subir des interventions susceptibles d’endommager leur fertilité. Aujourd’hui, il s’agit de plus en plus d’un choix préventif et conscient. Cela signifie anticiper un problème qui, dans de nombreux cas, n’apparaît que plus tard : la diminution de la réserve ovarienne liée à l’âge.
Une femme naît avec environ deux millions d’ovocytes, mais ce nombre ne reste pas constant au fil du temps. Dès le début de la puberté, la réserve ovarienne descend à environ 400 000 ovules, et autour de trente ans elle se réduit à environ 27 000. À la ménopause, il reste en moyenne un peu plus d’un millier d’ovules dans les ovaires, souvent incapables de permettre une grossesse naturelle. Le message doit donc être clair : préserver tôt est beaucoup plus efficace que traiter plus tard.
Il est donc essentiel d’y penser à temps. Quel est l’âge idéal ?
L’âge biologique est le véritable facteur clé. L’idéal serait avant 32 ans, lorsque les ovocytes sont encore d’excellente qualité et garantissent des taux de grossesse plus élevés. Après 38-40 ans, la réserve ovarienne diminue rapidement et les chances de concevoir, même avec l’aide de la PMA, diminuent sensiblement (une valeur d’AMH inférieure à 0,5 ng/mL indique une réserve ovarienne très faible, signe que la fertilité diminue de manière significative). Congeler ses ovocytes jeune signifie donc mettre sa fertilité “en banque”, avant que le temps biologique ne la réduise.

Beaucoup de femmes pensent que la fécondation assistée suffit. Pourquoi n’est-ce pas le cas ?
Parce que la fécondation assistée peut aider, mais elle ne peut pas arrêter le temps. Si la qualité des ovocytes est déjà compromise, aucune technique ne peut la restaurer. Congeler des ovocytes « jeunes » est une forme de médecine préventive : c’est choisir de ne pas devoir trouver des solutions plus tard, lorsque la fertilité est déjà réduite. C’est un geste de responsabilité envers soi-même, son corps et son avenir.
Comment se déroule la procédure ?
Il s’agit d’un parcours rapide et sûr. Après des examens préliminaires (dosage de l’AMH et comptage des follicules antraux par échographie transvaginale), la femme suit une stimulation hormonale d’environ dix jours visant à inciter l’ovaire à produire un nombre adéquat de follicules. Ensuite, sous guidage échographique, le médecin réalise une petite intervention ambulatoire pour prélever les ovocytes.
Les ovocytes matures sont ensuite vitrifiés dans de l’azote liquide à −196 °C et peuvent être conservés en toute sécurité pendant de nombreuses années. Lorsque la femme décidera d’avoir un enfant, elle pourra les utiliser comme si le temps ne s’était jamais écoulé.
Y a-t-il des risques ou des effets secondaires ?
Ils sont vraiment minimes, grâce à des protocoles personnalisés et à des contrôles constants. La partie la plus délicate est souvent celle qui concerne l’aspect émotionnel ; c’est pourquoi il est important d’être bien informée et accompagnée par une équipe expérimentée.
La technologie est aujourd’hui très avancée et les taux de réussite, lorsque l’âge au moment du prélèvement est favorable, sont très encourageants.
Peut-on dire qu’il s’agit aussi d’un choix de liberté ?
Absolument. C’est une liberté consciente. Congeler ses ovocytes signifie décider de manière autonome du moment opportun pour devenir mère, sans pression, sans anxiété et sans devoir affronter des parcours plus complexes à un âge plus avancé. Ce n’est pas une garantie de grossesse, mais une possibilité concrète supplémentaire, construite avec intelligence et clairvoyance.
Quel message final souhaitez-vous adresser aux femmes ?
Ne pas attendre. La fertilité n’est pas infinie et l’information est la première forme de protection.
Aujourd’hui, la médecine offre la possibilité de préserver à l’avance ce qui pourrait devenir plus fragile demain. C’est pourquoi je dis aux jeunes femmes : ne remettez pas à plus tard le soin de votre fertilité, pensez-y dès maintenant. Congeler ses ovocytes aujourd’hui peut signifier, demain, pouvoir choisir réellement — et sereinement — de devenir mère. Préserver aujourd’hui sa fertilité, c’est donner à demain la possibilité de choisir, sans précipitation et sans regrets.













































